Cépages rouges

 

BALTICA

Extrêmement hâtif. La production peut être basse sauf en sol fertile. Très sensible au phylloxera foliaire et un peu sensible à l’oïdium. Débourrement très hâtif, vigueur modérée à moyenne. Il peut être taillé en cordon bas, car son port est semi-érigé. Petites grappes avec de petites baies. C'est actuellement le seul cépage en rouge pour les endroits très frais l'été comme les Îles-de-la-Madeleine et la Gaspésie.  

Vins : Bon vin rosé. Rouge acceptable lors d’étés chauds.

 

FRONTENAC 
Le plus productif, il donne de 10 à 12 tonnes par hectare sont des rendements normaux en Montérégie (1250 degrés-jours) où il est très apprécié. S’établit rapidement. Il a une vigueur élevée et s’adapte à bien des sols. Sa période de débourrement est étalée avec une forte acrotonie (les bourgeons les plus éloignés sur la tige démarrent en premier et retardent le débourrement des bourgeons de la base): cela permet une excellente remise à fruit après des gels tardifs au printemps. Port érigé, grappes de 100 à 200 g, non compactes. Un peu sensibles à l’oïdium, pourriture noire, anthracnose et phylloxera foliaire : 2 à 3 traitements annuels suffisent habituellement. Le moût est très élevé en sucre et en acidité. On le récolte au début d'octobre à 23-25 Brix et 10 à 12 g d’acidité.

Vins : Donne de très bons rosés et portos. Amène beaucoup de corps et de fruits en assemblage (cerise noire, prune), mais seul (mono-cépage), cépage manque de tannin. Il est bon à boire jeune et s’améliore en vieillissant. 

 

MARQUETTE

Testé ici depuis 10 ans, il n’est définitivement pas aussi rustique que les Frontenac. Son débourrement hâtif et synchronisé limite sa culture sur les bons sites seulement. Se comporte bien jusqu'à l’Île d’Orléans avec un taux de sucre de 23 à 26 Brix. Établissement rapide, port érigé, vigueur élevée avec croissance exubérante d’entre-nœuds. Résiste bien aux maladies avec parfois un peu d’oïdium. Rendement de 7 à 10 tonnes par hectare . À nombre de bourgeons égaux lors de la taille, on observe le double de rendement en cordon haut. Il donne de bons vins rappelant le Syrah avec des goûts de poivre blanc et de cèdre.  

Vins : C’est le meilleur cépage rustique à vin rouge actuellement. Il se boit jeune et ne s’améliore pas beaucoup en vieillissant. La mesure du pH permet de déterminer la période de récolte optimale: il faut éviter de le cueillir trop mûr. Il a de bons tannins et une acidité facile à gérer.

 

PETITE PERLE (disponible en 2015 en petites quantités pour des essais)

Le meilleur cépage issu du programme d’hybridation de Tom Plocher au Minnesota.

Coût de production bas lorsque formé en cordon en hauteur parce que: débourrement tardif, bonne vigueur, mais facile à gérer, port retombant, peu de développement de bourgeons adventif, peu de développement d’entre nœuds, charge facile à équilibrer par une seule taille de printemps, aoûtement extrêmement hâtif, bonne résistance aux maladies y compris la pourriture des grappes.

Grappes compactes de 120 à 150 grammes. Les grappes issues des bourgeons secondaires sont presque aussi grosses que celles des primaires; cest un avantage, car pas aussi rustique que le Frontenac. La cible de rendement visé est de 8 tonnes à l’hectare. Moût très bas en acide, belle coloration. Maturité à 23 brix, mais peut être cueillis une peu en sous maturité ou en surmaturité.

Vins : Donne un vin rouge fin, tannique, très peu acide et peu fruité. S’assemble généralement avec 15-20% de Frontenac.

 

SABREVOIS

Plus rustique et beaucoup plus résistant aux maladies que le St. Croix qui a les mêmes parents. Doit lui aussi être formé en cordon haut à cause de la faible fertilité des bourgeons en cordons bas. Lent à s’établir, mais sa vigueur est suffisante. Faible coût de production et rendement de 8 tonnes à l’hectare si tailler demi-long (plus de bourgeons). Peu de développement d’entre-nœuds. Sur certains sites bien aérés, certains vignerons ne font qu’un traitement fongique. Extrêmement sensible au soufre. Le degré de sucre dépasse rarement 19 Brix avec une acidité moyenne.  

Vins : Le vin vieillit bien, mais n’est pas apprécié de tous à cause de ses goûts parfois un peu trop intenses de fumées ou de viande faisandées. Les étés très chauds et les expositions plein sud font ressortir ces caractères. Certains en font du rosé.  

 

ST-CROIX

Le premier cépage créé par Elmer Swenson au début des années 1980 à avoir un impact sur la viticulture. À moins d’avoir un sol mince et sec, il faut le former en cordon en hauteur, car il a un port retombant et une vigueur élevée. Sensible au mildiou, pourriture noire et excoriose. Sensible à la coulure due à un excès de vigueur et une difficulté d’assimilation du bore.

Vins : Fait de bons vins rouges fruités avec des levures judicieusement choisies et une macération semi-carbonique. Il fait de bons rosés et en blanc, il rappelle le St. Pepin. Peu importe la saison, rarement le taux de sucre va monter plus haut que 19 Brix avec une acidité basse. 

 

RADISSON

Autrefois appelé E.S. 5-17. Presque aussi rustique que le Sabrevois, il est aussi résistant aux maladies sinon un peu de sensibilité à l’oïdium. Très bon taux d’extraction. Fertilité des bourgeons très élevée: il faut donc porter une attention particulière à la charge. Bon rendement. Alternative intéressante au St. Croix. Cépages pour les régions à 1000 ou au plus 1100 degrés-jour. Dans les régions plus chaudes, il perd beaucoup de ses goûts fruités et développe des saveurs indésirables lors de la vinification.

Vins : Son moût peu acide, peu sucré et peu coloré (20 Brix) lui donne des qualités en assemblage avec le Sabrevois et le Marquette. Grappes de belle apparence avec un certain potentiel en raisins de table.

 

COMMENTAIRE

On entend encore souvent dire que le Québec ne pourra jamais produire de bons vins rouges à cause de son climat froid. La raison la plus souvent évoquée est que l'été est trop court.

Cette pensée est née durant les toutes premières expériences de vinification en rouge au Québec, il y a plus de 25 ans. Les cépages implantés au début provenaient de régions où le climat est considérablement plus chaud qu’ici. Les tannins mûrs nécessaires à l’obtention des vins rouges de qualité n’atteignaient que rarement leurs pleins potentiels, seulement si la saison le permettait. Il fallait donc contourner le problème en créant des cépages plus hâtifs et adaptés à notre climat. Des hybrideurs de vignes y travaillent depuis longtemps et le résultat de ce travail est maintenant disponible avec le Marquette, le Frontenac et le Petite Perle.

Ce n'est qu'une étape vers la création de nouveaux cépages rustiques résistants, peu susceptibles à la maladie et donc plus productifs et aux coûts de culture moindre.

Mariette LagueuMarquetteSerre Viticulture A&MAdalmiinaSerre Viticulture A&MPetite perleAlain BreaultES10-18-30